L’interview complète du nouveau président: Dominique Saragaglia 

 

Bonjour M. Saragaglia, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

“Bonjour, je suis Dominique Saragaglia, je suis un ancien athlète du GUC puisque j’ai été au GUC de 1966 à 1973. J’ai dû arrêter pour des raisons de santé. Je m’étais blessé en mai 1973 si bien que je n’ai pas pu faire ma saison. En septembre, des copains se sont mis à préparer l’internat de médecine et m’ont entraîné dans cette aventure, ce qui a mis fin à ma carrière sportive. J’ai donc mis mon activité sportive entre parenthèses et j’ai commencé mon activité chirurgicale orthopédique en octobre 1976, d’abord comme interne, puis comme assistant-chef de clinique à l’hôpital nord de Grenoble et enfin comme professeur des universités-chef de service à l’hôpital sud de Grenoble et ceci de 1990 à 2019. Au cours de cette carrière très longue, j’ai enseigné d’abord à l’UFRAPS (anatomie), ensuite aux kinés, aux étudiants en médecine, aux internes, aux médecins et aux chirurgiens. Parallèlement à cette activité d’enseignant, j’ai opéré énormément de patients, des jeunes, pour la plupart des sportifs (fractures, ligaments, ménisques, etc.) et des moins jeunes pour des prothèses, essentiellement de hanche et de genou. Voilà pour ma carrière chirurgicale qui m’a donné beaucoup de satisfactions et m’a permis d’avoir une notoriété régionale, nationale et internationale.

En ce qui concerne ma carrière sportive, j’ai commencé en minime 2, et petit à petit, je me suis consacré d’abord au lancer du poids et du disque, et ensuite au marteau. J’ai été sélectionné en équipe de France junior et espoir au lancer de marteau  en 1971/72. J’ai fait les universiades de Turin en 1972 où j’ai été classé 5e et j’ai été champion universitaire de lancer du marteau en 1972. Quand j’ai arrêté mon activité sportive, je m’entrainais déjà beaucoup à l’époque et comme je n’avais pas un niveau “olympique”, j’ai préféré me consacrer à la médecine et à mon métier plutôt qu’au sport.

Avez-vous dû choisir entre l’athlétisme et la médecine ou avez-vous pu concilier vos passions ?

C’ était un peu compliqué, il faut quand même le reconnaître! J’ai commencé les études de médecine en octobre 1969 et j’ai donc mené les deux en parallèle pendant 4 ans. Je m’entrainais quasiment tous les jours (parfois 2 fois par jour) et ce n’était pas simple de concilier les 2… Le matin j’avais des cours à la fac, l’après-midi des TD et je m’entrainais de 17h à 20h. Je travaillais mes cours le soir et le week-end et il fallait donc avoir un emploi du temps extrêmement précis pour pouvoir mener les deux de front. Il faut reconnaître qu’à l’époque c’était quand même plus facile que maintenant, tout au moins jusqu’au moment où la première année de médecine était devenue un concours où on prenait 10% des étudiants alors qu’à mon époque on en prenait à peu près 50%. Cependant, la sélection se faisait au moment de l’internat qui était extrêmement sélectif puisqu’on prenait en général 10% des étudiants en médecine : à l’époque c’était ce qu’on appelait la voie royale pour être chirurgien. Si on n’était pas interne, il était quasiment impossible d’exercer ce métier! La sélection ne se faisait pas au début mais à la fin, ce qui fait que j’ai pu mener de front pendant 4 ans médecine et sport. Ceci explique pourquoi j’ai profité de ma blessure pour arrêter le sport et me consacrer entièrement à la réussite du concours de l’internat. J’ai repris un petit peu plus tard, une fois que j’avais réussi le concours. J’ai refait une saison mais c’était tellement difficile de revenir à un bon niveau que je me suis dit qu’il valait mieux arrêter complètement et que je me consacre uniquement à la médecine. 

 

Comment vous êtes- vous tourné vers l’athlétisme?

C’est effectivement une histoire assez particulière, puisque j’avais un prof de gym au lycée Mounier qui s’appelait Albert Borel. Il m’avait repéré car à l’époque je n’étais pas très athlétique – plutôt obèse qu’athlète! Il m’a dit que ça serait bien que je vienne à Bachelard pour faire des lancers compte tenu de ma morphologie. J’ai alors commencé l’athlétisme à l’âge de 15 ans. J’ai commencé à faire des compétitions en ASSU avec le lycée et puis ensuite j’ai pris une licence au GUC. Je me suis consacré d’abord au lancer du poids et du disque,  et en cadet 2, j’ai commencé le lancer du marteau.

Est-ce que l’athlétisme a bouleversé votre vie ?

Oui, énormément. Ça m’a complètement changé. A l’époque, j’étais un élève extrêmement studieux. J’avais toujours le prix d’honneur ou le prix d’excellence (de la 6è à la 3è). J’étais dans les 5 premiers dans pratiquement toutes les matières (sauf en gym!). J’étais un “polard”. Et j’étais obèse. Quand j’étais cadet, à l’âge de 17 ans je pesais plus de 125 kg, mais ce n’était pas du muscle. Après j’ai maigri, j’ai fait de la muscu et je me suis affiné. Je suis devenu petit à petit un athlète. Le fait de découvrir le sport m’a fait régresser dans mes études ; au lieu d’être prix d’honneur ou d’excellence, j’étais dans les bons de la classe, sans plus! C’était un peu compliqué d’être à la fois sur les stades et puis de travailler. Avant je passais mon temps à travailler, j’étais à la maison et je ne faisais rien d’autre. J’ai régressé mais j’ai passé le bac sans problème et j’ai ensuite fait médecine sans aucune difficulté. D’ailleurs en médecine je faisais comme je le disais souvent : beaucoup de sport et un peu d’études pour me distraire! Je travaillais les derniers mois, souvent juste avant les examens et le reste du temps j’étais sur les stades. Les choses qu’il fallait travailler au jour le jour je le faisais mais quand je pouvais à la fin de l’année, je m’enfermais pendant 10 à 15 jours pour bosser… j’arrivais à passer les examens comme ça. 

 

Athlète de haut-niveau en lancer de marteau dans votre jeunesse puis chirurgien orthopédiste, c’est plutôt une belle carrière non ?

Oui, je pense qu’effectivement je n’ai absolument rien à regretter et je dirais que j’ai eu la chance de pouvoir faire ça. A mon époque les sports-études n’existaient pas donc je n’avais pas de circonstances facilitantes.

Je me souviens qu’une fois, je rentrais d’un stage en Russie – l’URSS à l’époque. Je suis arrivé en avion le lundi matin très tôt, j’avais un examen à passer et je suis allé passer mon examen mais les portes étaient fermées car je suis arrivé avec quelques minutes de retard. Je n’ai donc pas pu passer l’examen. Ce n’était pas bien grave car j’avais pu le repasser en septembre mais cela montre que parfois c’était un peu compliqué. C’était un peu ardu mais faisable. Je ne crois pas que ce soit aussi simple aujourd’hui avec le concours de 1ère année…À moins d’être extrêmement doué en sport et intellectuellement.

 

Quel est votre plus beau souvenir d’athlétisme? 

Quand j’ai été champion de France, c’est sûrement un très bon souvenir mais j’en ai d’excellents des interclubs. Les interclubs, c’était fantastique. Un esprit d’équipe dans un sport individuel comme l’athlétisme. On était soudé.e.s, c’était fabuleux! Il y eut également les coupes des lancers que l’on a gagnées plusieurs fois au GUC. Les lancers étaient alors très forts : on a gagné 3 fois la coupe des lancers, je crois (j’ai 3 médailles, chez moi!). Ce sont donc des souvenirs fantastiques. Et puis tout ce que j’ai pu faire à l’époque, de manière générale : je dis souvent que l’athlétisme, c’était les plus belles années de ma vie. 

Quelle est votre histoire avec Grenoble ? / Vous êtes de la région grenobloise ?

« Je suis né à Fontaine, j’ai fait mes études à Grenoble. Je suis grenoblois, mes parents étaient grenoblois. J’ai toujours voulu m’installer à Grenoble pour faire plaisir à mes parents. D’ailleurs à l’époque on présentait le concours dans 3 villes différentes, 3 années de suite. La première année, j’avais réussi Besançon et Dijon et raté Grenoble. Je ne suis allé ni à Dijon, ni à Besançon. J’ai représenté Grenoble et la deuxième année j’ai réussi. Je suis né à Grenoble, j’ai fait ma carrière à Grenoble et je pense que je finirai ma vie à Grenoble. » 

 

Pourquoi se présenter à la présidence de l’EAG 38 et pourquoi maintenant ?

« Bonne question. D’abord je me présente car on m’a sollicité. Ça ne m’est pas venu tout seul. J’avais été contacté il y a de nombreuses années par André Dupelley qui a été longtemps président du GUC. Il m’avait dit qu’il commençait à vieillir et que ce serait bien que je m’occupe du GUC en prenant la présidence. J’avais répondu que je ne pouvais pas. J’étais trop occupé : un chef de service avec un emploi du temps chargé. Et je ne voulais pas être un président “fantoche”, je n’aurais pas rendu service au club. Mais il y a 6 mois j’ai été sollicité par Martial Auzeil. Je me souviens bien. J’étais en voiture, j’allais à Montpellier pour un congrès. Il m’a appelé en me disant que maintenant que j’allais être à la retraite, ce serait peut être bien que je prenne la présidence de l’EAG38. Nadine termine bientôt son mandat et elle ne souhaite pas le renouveler. Est ce que cela peut t’intéresser d’être président de l’EAG38? Ma première réaction a été de lui demander de m’expliquer ce que c’est que l’EAG38. Puis je lui dit : “ pourquoi pas, j’ai été sollicité pendant longtemps et maintenant je suis disponible”. Et de fil en aiguille j’ai rencontré Nadine, Philippe et les choses se sont faites. » 

 

Un mot pour définir votre mandat ?

« Mon mandat, il est évident que je ne pense pas que je passerai des journées entières sur le stade parce que je n’ai plus de compétences. Même si je lançais le marteau, je ne suis plus au courant des nouvelles techniques. Par contre, je peux avoir un rôle à jouer grâce à ma notoriété et mes connaissances pour essayer de faire avancer des projets. Peut-être essayer de trouver des sponsors, pour obtenir un peu de financement. Et puis représenter le club dans toutes les réunions administratives. 

De temps en temps j’ai l’impression de me retrouver 50 ans en arrière où il fallait tout faire soi-même. Les entraîneurs bénévoles, conduire les bus ou presque pour pouvoir se déplacer. J’ai l’impression que ça n’a pas beaucoup changé. Ça reste dans le domaine de l’amateurisme. Sans les bénévoles, je crois que malheureusement les clubs d’athlétisme n’existeraient pas. Je ne sais pas si je vais faire changer les choses mais je suis motivé pour faire en sorte d’améliorer un petit peu le fonctionnement. J’ai entendu dire qu’on demande une halle des sports. A mon époque on en parlait déjà  et donc j’ai l’impression que ça n’a pas changé du tout et qu’on en est toujours là. Il y a des choses à faire, alors est-ce que j’y arriverai ou pas, je n’en sais rien. Mais, au cours de mon mandat, j’ai pour ambition de tout mettre en place pour tirer le club vers le haut. »